LA BÊTE DU GEVAUDAN

La Bête du Gévaudan (la Bèstia de Gavaudan en occitan) est le surnom attribué à un ou plusieurs canidés à l'origine d'une série d'attaques contre des humains survenues entre le 30 juin 1764 et le 19 juin 1767. Le plus souvent mortelles, ces agressions « entre 88 et 124 selon les sources » ont surtout lieu dans le nord de l'ancien pays du Gévaudan, une région d'élevage qui correspond globalement au département de la Lozère. Quelques cas sont signalés dans le sud de l'Auvergne, le nord du Vivarais, le Rouergue et le sud du Velay.

Avant le Gévaudan 

En 1763, une série d'attaques est recensée du côté du Dauphiné. On parle d'un animal « de la taille d'un très gros loup, couleur de café brûlé un peu clair, ayant une barre un peu noire sur le dos, le ventre d'un blanc sale, la tête fort grosse et [rebondie ?], une espèce de bourre qui forme une houppe sur la tête et à côté des oreilles, la queue couverte de poil comme celle d'un loup ordinaire mais plus longue et la portant retroussée au bout ». Vers la fin du mois d'octobre, la bête traverse un troupeau de moutons pour se jeter sur un petit berger âgé de quatorze ans, délivré par sa camarade Les attaques et la description de l'animal présentant de nombreux points communs avec la Bête du Gévaudan, certains auteurs tel Jean-Claude Bourret avancent l'hypothèse qu'il s'agit du même animal.

JEAN CLAUDE BOURRET
JEAN CLAUDE BOURRET

Les premiers cas au Gévaudan

SEPULTURE DE JEANNE BOULET CONFIRMANT LA BÊTE DU GEVAUDAN
SEPULTURE DE JEANNE BOULET CONFIRMANT LA BÊTE DU GEVAUDAN


En juin 1764, au début de l'été, une vachère habitant tout près de Langogne rentre au village en affirmant avoir été attaquée par « une bête ». Elle s'en tire sans autre mal que des habits déchirés, après avoir été défendue par ses bœufs. Le 30 du même mois, Jeanne Boulet, âgée de quatorze ans, est tuée près de Langogne au village des Hubacs, dans la paroisse de Saint-Étienne-de-Lugdarès, en Vivarais. C'est la première victime officielle de la Bête. Le 1er juillet 1764, la victime est enterrée « sans sacrements » car elle n'a pu se confesser avant sa mort. Toutefois, l'acte de sépulture précise qu'elle fut tuée par « la bette féroce », ce qui suggère qu'elle n'est pas la première victime mais seulement la première déclarée.

LANGOGNE
LANGOGNE
LA BÊTE DU GEVAUDAN
LA BÊTE DU GEVAUDAN

 En outre, l'acte s'insère entre deux autres datés respectivement des 13 juin et 18 septembre, comme s'il avait été initialement omis. Mais l'ordre chronologique semble déficient : l'acte qui suit celui du 18 septembre date du 7 du même mois - à moins d'une erreur de transcription pour octobre car l'acte immédiatement postérieur est du 17 octobre. Dans tous les cas, ces inexactitudes répétées traduisent négligence et défaut d'attention.

Une deuxième victime est rapportée le 8 août. Âgée de 14 ans, elle habite au hameau de Masméjean, paroisse de Puy-Laurent. Ces deux victimes sont tuées dans la vallée de l'Allier.

Dès la fin du mois d'août et au cours du mois de septembre, d'autres victimes sont recensées dans la forêt de Mercoire ou ses alentours.

Étienne Lafont, syndic du diocèse de Mende, réside à Marvejols en cette fin du mois d'août. Depuis cette paroisse, il envoie des chasseurs de Mende, dirigés par le sieur Mercier, pour seconder les battues qui s'organisent près de Langogne. Cependant, Lafont se rend vite compte que ces opérations sont insuffisantes. Il en avertit Monsieur de Saint-Priest, intendant du Languedoc, et le comte de Montcan, gouverneur de la province. Ce dernier donne l'ordre au capitaine Jean-Baptiste Duhamel, stationné à Langogne avec les soldats du régiment de troupes légères de Clermont-Prince, de conduire les chasses contre la Bête

Caractéristique de la Bête du Gévaudan

L'animal est un gros loup d'un poids de 130 livres (environ 3 m)

Les réflexions de Gérard Ménatory 

GERARD MENATORY
GERARD MENATORY

« Ce qui est difficile à croire, c'est qu'un loup ait attaqué systématiquement bergers et bergères, car un loup imprégné ou non s'en prendra toujours en priorité aux moutons. Par ailleurs, un loup élevé dans de telles conditions (élevé par Antoine Chastel) n'aurait pas fui devant les chasseurs, puisqu'il n'aurait vraiment eu aucune raison d'en avoir peur, et jamais il n'aurait été nécessaire de le chasser pendant trois ans.
Peut-on supposer que Chastel ait eu l'occasion d'élever un produit du croisement entre un chien et une louve, ou vice versa ? Ce n'est pas impossible, mais là encore il faut savoir que ces hybrides sont généralement moins agressifs que les parents dont ils sont issus.

Il reste comme animal possible une hyène.
Une hyène élevée par Antoine Chastel alors qu'il était garçon de ménagerie en Afrique. Une hyène qui aurait été le mâtin des historiens. Durant son séjour en Afrique, Antoine Chastel avait eu tout le temps d'apprivoiser une jeune hyène ; il peu l'avoir élevée comme un chien lorsqu'elle a été sevrée. Une hyène sauvage n'aurait pas pu être la Bête du Gévaudan, mais une hyène vivant aux côtés de Chastel aurait pu très bien être la Bête. »

« Cette bête du Gévaudan que pour toutes les raisons invoquées Chastel n'avait pas la possibilité de nourrir. Alors cette hyène pouvait s'attaquer aux petits gardeurs de troupeaux. Une hyène est capable d'agresser des êtres humains, à condition qu'ils ne soient pas en force ; il est plus dans le comportement d'une hyène de commettre de tels méfaits que dans celui d'un loup ou de deux ou trois loups.

Dans cette association redoutable qui a commencé à tuer? Quel était le rôle de chacun? Difficile à dire. Mais entre un homme vivant seul, émasculé, mourant de faim et la bête, il y a certainement un lien très étroit. Qui a commencé ? La hyène, peut-être, qui ayant une première fois échappé à son maître a tué une bergère. Peut-être, qui sait Chastel n'a-t-il pris aucune part à ces crimes. Il en aurait eu simplement connaissance et dans cette hypothèse on ne pourrait que lui reprocher d'avoir été complice passif. Antoine Chastel, en somme, couvrait sa hyène. Il la défendait contre les dragons, contre tous ceux qui, avec plus ou moins d'ardeur, participaient aux battues. Bien souvent la Bête du Gévaudan disparaissait mystérieusement, où allait-elle ? Vraisemblablement elle trouvait refuge auprès de son maitre. »

Le chasseur des loups

Le Capitaine Duhamel

CAPITAINE DUHAMEL
CAPITAINE DUHAMEL

Le 03 Novembre 1764, ce furent 56 dragons qui, sous la conduite de Duhamel arrivaient à Mende. Deux jours plus tard ils s'installaient à Saint-Chély d'Apcher, pour être plus proches des lieux où la bête du Gévaudan exerçait ses ravages. Duhamel organisa de grandes chasses, des battues auxquelles participaient des centaines, voires des milliers de paysans. Ces battues ne décourageaient pas la Bête du Gévaudan et l'on s'étonnait, à bon droit d'ailleurs, du fait que lorsqu'une chasse se déroulait dans un secteur, la Bête commettait un nouveau crime à plusieurs lieux de là.

Comme si elle avait été prévenue. Un jour notre bête du Gévaudan eut à faire à forte partie, ceci grâce au courage d'un jeune garçon nommé Portefaix avec la participation de six autres jeunes enfants. Ces enfants étaient tous armés d'un bâton au bout duquel ils avaient attaché une lame de couteau. Ils réussirent à faire fuire la Bête qui les avaient attaquée. Plusieurs lettres font état de la désinvolture des dragons.

Les gens se plaignaient que les dragons étaient sans ordre et sans discipline, partout où ils passaient, ils foulaient sans ménagement les récoltes, se faisant fournir à discrétion, et par la force, les vivres et les fourrages dont ils avaient besoin. Comme Duhamel, qui se dépensait cependant beaucoup, ne parvenait pas à débarrasser le pays de cette bête, la mauvaise humeur des paysans se retourna contre lui et il dut quitter le Gévaudan


Les Denneval

LES DENNEVAL
LES DENNEVAL

Février 1765. Un Louvetier remarquable, M. Denneval d'Alençon, lui succéda, il était le plus remarquable chasseur de loups de France. Il en avait tué disait-on, 1200. Il arriva donc pleinement décontracté, certain qu'en quelques jours il abattrait son 1201ème loup et que, du même coup il débarrasserait le Gévaudan de cette terrible Bête.
Les choses n'allèrent pourtant pas aussi vite que tout le monde le souhaitait et les Denneval ne s'étaient pas mis seulement les paysans à dos, qu'ils indisposaient parce qu'ils les réquisitionnaient trop souvent, mais encore les autorités civiles et les notabilités locales.

Au courant de ce qui se tramait contre eux, les Denneval réagirent en multipliant les battues, qu'ils organisaient alors le dimanche et les jours de fête, ils y participèrent avec plus d'entrain. Malgré ce, ils ne parvinrent pas à mettre un terme aux massacres occasionnés par la bête du Gévaudan. Des plaintes parvinrent au roi Louis XV, qui prenait un tel intérêt au sort des malheureuses populations du Gévaudan qu'il n'hésita pas à se séparer d'Antoine de Beauterne, son porte arquebuse et lieutenant des chasses, pour l'envoyer courir sus à la dévorante. Le 08 Juin 1765, Antoine et sa troupe parmi laquelle figurait son fils cadet, quittaient Versailles, ils arrivèrent le 22 juin au Malzieu.

Antoine n'était pas partisan des battues ; il préférait poster ses hommes dans les affûts, deux par deux, pendant la nuit. L'entente ne pouvait se réaliser entre Antoine et les Denneval et ces derniers furent rappelés. Ils devaient quitter le Malzieu le 18 Juillet après avoir complètement échoué dans leur mission. Antoine avait la réputation d'un homme extrêmement bon et il sut s'attirer la sympathie des paysans. Mais Antoine était déconcerté par le nombre de meurtres que la Bête du Gévaudan pouvait commettre et il était pressé d'en finir, d'autant que son service le rappelait auprès du Roi, et qu'il n'avait encore rien fait de positif.

La mort de la bête du Gévaudan 

Le 20 septembre 1765 au Bois de Pommier, sur le domaine de l'abbaye royale des Chazes, le porte-arquebusier du roi François Antoine tue un grand canidé. La dépouille est disséquée et examinée, plusieurs survivants des attaques disent reconnaître l'animal. Le corps de la bête est acheminée jusqu'à Versailles pour être empaillée et exposée dans les jardins du château. Pour le roi, l'affaire s'arrête là.

Mais dans le Gévaudan, après une accalmie, les attaques reprennent et la liste des victimes s'allonge... Il faut attendre le 19 juin 1767 pour que Jean Chastel, un enfant du pays, abatte un canidé de grande taille à la Sogne d'Auvers. Les attaques cessent cette fois pour de bon. La région retrouve la paix et l'histoire légendaire de l'animal traverse les siècles, inspirant écrivains et cinéastes. Mais si la bête du Gévaudan a bel et bien existé, sa véritable nature demeure encore, 300 ans plus tard, un mystère.

JEAN CHASTIEL
JEAN CHASTIEL

Lieu d'enterrement de la bête

Elle fut transportée jusqu'à Versailles, mais quand elle arriva, elle était dans un tel état de décomposition que seul le zoologiste Buffon put l'examiner. Elle est encore aujourd'hui enterrée, dit-on, dans le parc de Versailles.

LIEU OU REPOSE LA BÊTE DU GEVAUDAN
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